Enseignement | Séminaires

Nature et institutions

MàJ : 24/11/2015

Alice Ingold, maître de conférences à l'EHESS

De récents développements historiographiques, qui entendent s’inscrire dans le cadre plus général du changement climatique global ayant fait entrer l’homme dans une nouvelle ère de l’histoire terrestre, entendent développer de nouvelles formes d’écriture de l’histoire. Cette histoire serait adaptée au temps de l’Anthropocène en ce qu’elle serait en mesure de dépasser la rupture entre histoire naturelle et histoire humaine que la modernité occidentale aurait consommée. Ce séminaire propose d’explorer les présupposés de cette historiographie, en s’arrêtant particulièrement sur la question des archives et des documents.

Au XVIIIe siècle, au moment où le naturaliste devient historien de la nature et où les « histoires naturelles » empruntent au modèle de l’« histoire civile » pour explorer les époques de la nature, c’est tout un rapport nouveau aux archives qui se construit : les histoires naturelles conduisent à fouiller les archives de la terre, à chercher dans les entrailles de la terre les fossiles et les traces de l’histoire matérielle comme autant de documents. Comment l’histoire de l’environnement prend-t-elle aujourd'hui en compte la diversité des archives nécessaire à ses ambitions, au-delà d’une volonté de conjoindre étude politique et sociale et histoire matérielle, au-delà d’une simple déclaration d’intention en termes d’interdisciplinarité avec les sciences naturelle et de la terre ? En quoi une géohistoire, remise au goût du jour, prend-t-elle en compte cette diversité de sources ? Comment faire une histoire qui ne soit pas seulement un cadre intégrateur, le plus souvent sous forme de récit ? Comment une histoire matérielle peut-elle aujourd'hui être menée ? L’histoire environnementale ne peut se contenter de dire que l’environnement a une histoire. Comment rendre compte des processus historiques qui sont à l’origine de ce que l’on nomme aujourd'hui la biodiversité ? Comment éviter les anachronismes, que véhiculent nombre de politiques publiques, lorsqu’elles proposent de patrimonialiser des espaces boisés qualifiés de « semi-naturels », alors qu’il s’agit de stades post-culturaux, associés à des systèmes de savoirs et de droits dont la complexité historique a été effacée ?

Dans le cadre général de ces questionnaires, le séminaire proposera la lecture et l’étude d’une série de textes et d’auteurs qui ont cherché à penser de façon analytique les articulations entre sociétés, territoires et environnement durant les deux derniers siècles, en explorant l’enchevêtrement entre droits, savoirs et pouvoirs que contiennent ces articulations. Cette année nous nous arrêteront particulièrement sur le XIXe siècle, période riche en termes de réflexivité environnementale.

http://www.ehess.fr/fr/enseignement/enseignements/2015/ue/1009/

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